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Une passion dévorante

Bobby adorait les chevaux. Depuis qu'il était en âge de marcher, il accompagnait son père au champ de courses ; d'une semaine à l'autre c'était le seul moment qu'il attendait avec impatience. Quand il fut un peu plus vieux, il commença à parier des bonbons contre son paternel, souvent il lui arrivait de trouver le gagnant au contraire de son père ; mais il apprit bien vite à parier sur un autre cheval s'il ne voulait pas s'en ramasser une.
Lors de ces journées entre hommes, ils partaient tôt le matin afin de suivre toutes les disciplines ; ils commençaient par assister au galop, puis finissaient par le trot attelé et le trot monté. Son père lui transmit toutes ses techniques ; sur quel cheval parier, lequel était en forme, quel outsider pourrait créer la surprise, il lui avait même appris comment trouver des informations sur l'état de santé du jockey.
A la mort de son père, il continua de se rendre à l'hippodrome, c'était une sorte de pèlerinage de mémoire ; chaque fois qu'il s'installait pour suivre les courses, il repensait à ces moments de bonheur partagés avec son père.
Au fil des années, il se mit à miser des sommes de plus en plus importantes, allant jusqu'à mettre en péril son mariage. Sa femme l'avait menacé de choisir, soit il restait avec elle et arrêtait de parier, soit elle partait et demandait le divorce. Son obsession pour le jeu s'étant montrée plus forte, il se retrouva bien vite tout seul ; il dû vendre sa maison pour payer ses dettes ainsi que son divorce, et finit par vivre dans sa voiture, préférant garder son argent pour jouer plutôt que de louer un appartement.

Un jour, alors que ses finances étaient au plus mal, il fut convoqué chez son créancier, un type plutôt louche, qui gagnait de l'argent grâce aux courses, à la drogue et aux filles. Ralph au sang froid - comme le surnommaient ses hommes de main – lui envoya son bras droit, Ricky.
Ricky vint le chercher à la sortie du champ de course et l'emmena chez son patron. Ralph avait établit son quartier général dans une maison de passe du quartier est. Une fois à l'intérieur, Ricky lui indiqua une chaise où patienter en attendant qu'on vienne le chercher. Après vingt minutes, passées à compter le nombre de cafards qui lui couraient entre les jambes, Ricky revint et l'introduisit dans le bureau du patron.
C'était une pièce très austère, au milieu trônait un seul meuble, ressemblant plus à une table qu'à un bureau ; il était recouvert de paperasses et de liasses de billets. Le reste du mobilier se résumait à deux chaises, une sur laquelle était vautré un énorme gaillard, aux yeux injectés de sang, à peine perceptibles à travers le nuage de fumée qui enveloppait toute la pièce ; et l'autre, vide, en face du bureau.
« Entre et assieds-toi, lui dit Ralph. Il faut qu'on discute. Tu es en retard dans ton remboursement. »
Bobby s'avança penaudement et s'assit sans mot dire.
Ralph tout en tirant sur son cigare, reprit :
« Tu me dois encore 10'000 dollars pour le mois passé et 5000 de plus pour ce mois, as-tu de quoi me payer ? Tu devais le faire jusqu'à hier !
-Ecoute Ralph, je n'ai pas eu beaucoup de chance ces derniers temps, tu pourrais pas m'accorder une rallonge d'un mois ?
-C'est toi qui va m'écouter sale petite merde, lui dit Ralph tout en le pointant de son cigare incandescent. Tu m'as dit la même chose le mois passé, maintenant il ne te reste plus qu'une seule solution. Soit tu fais un boulot pour moi, soit demain matin la police tirera un cadavre de la rivière tout en se demanda comment un pendu a pu se noyer, tu me suis ?
-Ou… Oui, dit Bobby d'une voix vacillante
-Bien ! Tu vas accompagner Ricky, il te dira en chemin ce que tu as à faire. Maintenant casse-toi avant que je change d'avis et que je t'éclate la tête sur mon bureau. »
Bobby s'empressa de sortir de la pièce et d'aller retrouver Ricky au bar. Là, il commanda un double whisky au barman pour se remettre de ses émotions. Ricky qui était assis non loin, se leva et vint vers lui.
« Dépêche-toi de finir ton verre et vient me retrouver dans la voiture à l'arrière du bar. »
Bobby finit son verre cul sec, sortit par la porte de service et monta dans le 4X4, à côté de Ricky. A peine la porte fermée, celui-ci démarra et prit la direction de l'autoroute. Après cinq minutes de trajet, il prit la sortie menant au quartier des immigrants et s'arrêta devant une station service.
« Prends le revolver dans la boîte à gants et mets le dans ta poche, lui dit Ricky. Tu rentres dans le magasin et tu dis au proprio que tu viens chercher le loyer de Ralph.
-Et s'il ne veut pas me le donner, rétorqua Bobby.
-C'est à ça que sert la pétoire, tu le menaces et tu lui rappelles que notre protection a un prix. Vas-y et dépêche-toi avant que quelqu'un rapplique. »
Bobby sortit de la voiture et se dirigea rapidement vers l'entrée du magasin. Une fois devant, il essaya de se calmer en inspirant un bon coup, après deux minutes, il poussa la porte et entra. Dès qu'il fut dedans, il alla directement vers le comptoir, le patron n'étant pas là il pressa sur la sonnette prévu à cet effet. Même pas une seconde après avoir appuyer, un homme émergea d'une pièce donnant sur l'arrière de la station. C'était un Hindou d'une quarantaine d'année, portant la barbe ainsi que la coiffe traditionnelle, d'une voix difficile à comprendre à cause de son accent, il lui demanda ce qu'il désirait.
« Je suis là pour encaisser le loyer de Ralph, lui dit Bobby.
-Ce voleur ! Je lui ai dit que je ne le paierai plus !!
Sentant une certaine tension dans la voix de l'Indien, Bobby sortit le pistolet, le pointa sur lui et dit :
« On m'avait prévenu de votre réaction, mais je n'ai pas le choix, vous allez me donner votre argent et je ne vous ferai rien.
-Ça jamais !!! Vous pouvez aller vous faire foutre !
En même temps qu'il prononçait ces paroles, le propriétaire passa une main sous le comptoir, où il gardait un fusil à canon scié, pour ce genre de situation.

A partir de ce moment, tout se passa très vite pour Bobby ; alors qu'il venait d'entendre le patron annoncer son refus, un client entra dans le magasin, ce qui lui fit tourner la tête. Ces quelques secondes d'inattention, suffirent à l'Hindou pour se saisir du fusil et tirer sur Bobby.
Bobby entendit une énorme détonation, puis vint la douleur ; baissant les yeux, il s'aperçut que ses intestins sortaient de son abdomen, en même temps qu'un flot de sang ininterrompu. Et il se sentit partir, d'abord en arrière, puis une fois qu'il eut touché le sol, sa lucidité s'amenuisa peu-à-peu.

Sa dernière pensée fut pour la course du lendemain, à laquelle il ne pourrait pas assister.

C'est une nouvelle qui date de plusieurs années. Je suis retombé dessus par hasard et je me suis dit qu'elle avait sa place ici.